La mémère, fiction de Pol GACHON (Durée 8’)
Décor bucolique baigné d’une lumière aux tons pastels, le cadre idyllique pour une sortie avec cette brave mémère. Mémère c’est une vieille mais toujours vaillante BMW R 50 série 2. A son guidon, Dédé ne se sent plus de joie. D’ailleurs, ses virées sur les p’tites routes d’une France si douce correspondent à ces moments de pur bonheur dont rêve tout motard. Cet hédonisme mécanique est même chanté par notre motard poète : "Une petite sinueuse de campagne où il fait bon écouter le martèlement des culbus et enrouler sur le couple". Le couple, justement… à cette évocation, l’ambiance s’assombrit brusquement , car Dédé n’entend partager sa BM avec quiconque, même pas avec sa dulcinée. Mais la Mémère est de son époque et cultive la parité grâce à son fameux… couple de renversement. L’increvable flat apaise la guerre des sexes et repart de plus belle. "Mémère" a la saveur indémodable des bonbons à la menthe et la couleur de ces peintures naïves qui ne trichent jamais avec les sentiments.
Moto Magazine : Qu’est ce qui vous a motivé pour la réalisation de Mémère ?
Pol Gachon : Ce court métrage me permet d’allier mon amour du cinéma et de la moto. J’ai pu mettre en avant les rapports sentimentaux entre l’homme, la femme et la machine.
Moto Magazine : L’histoire semble se dérouler dans le passé...
Pol Gachon : Le film a été tourné en pellicule Super 8 et non pas en numérique. L’image, grainée et rosée créé une atmosphère intemporelle. Seul un clin d’oeil est fait au présent grâce au t-shirt du héros représentant Wallace et Gromit. J’ai moi-même roulé en BSA et en Laverda 750 SF... Mais la passion de la moto n’a pas d’époque.
Moto Magazine : Vous jouez sur le double sens du mot couple quand le héros évoque son importance au sortir d’une courbe...
Pol Gachon : Il est certain que le personnage est super macho. Il se montre paternaliste avec sa compagne quant à la découverte et au pilotage d’une moto. Le "T’as qu’à pousser pour comprendre" sonne juste. Les hommes sont contents quand les femmes veulent devenir motardes. Mais ils sont surtout heureux lorsqu’elles reviennent vers eux pour demander de l’aide. En réalité, la moto est un moyen qui permet au couple de se rassembler et de partager une même passion.
Moto Magazine : Que retenez-vous de ce festival ?
Pol Gachon : Au delà du plaisir qu’apporte la récompense, c’est le fait d’avoir un retour des spectateurs qui me motive à recommancer.
Infraction, Fiction de Christian VANDELET (Durée 10’)
Abus de pouvoir. C’est le seul code moral auquel ne saurait déroger un duo de motards ripoux de la police nationale. Malheur au pauvre usager de la route qui tombe sous le coup de leurs verbalisations excessives. Ces deux malfaisants ont mis au point une embuscade lucrative digne d’un western de Sergio Leone. Un film pro, interprété par des acteurs chevronnés, servi par un scénario carré au dénouement, toutefois, un peu trop prévisible.
Moto Magazine : Votre film semble avoir bénéficié de moyens importants ?
Christian Vandelet : Si le résultat est aussi professionnel, c’est grâce à un réseau de contact qui m’a fait bénéficié de prêt de matériel. La réalisation ne m’a coûté que 10000 E. J’espère juste pouvoir vendre à la télévision ce court-métrage afin de rembourser des amis qui m’ont fait confiance.
Moto Magazine : L’acteur principal n’est pas un inconnu...
Christian Vandelet : J’ai dû harceler Daniel Russo pendant un an. Il a fini par céder et s’est rendu très disponible. Il est incontestable que sa présence apporte une valeur ajoutée au court-métrage.
Moto Magazine : Vos objectifs sont très professionnels...
Christian Vandelet : C’est vrai que pour mon troisième court-métrage, je voulais un acteur connu, pour un résultat calibré. Cette carte de visite pourrait m’ouvrir des portes. La participation aux festivals et les éventuelles récompenses sont importantes pour se faire connaître.
Panne d’1 sens, Fiction de Daniel GHAYE (Durée 4’)
Ce court métrage démontre de façon limpide que le cinéma c’est bien sûr de l’image mais aussi du son. Mais ici, nulles métaphores convenues sur la sonorité des échappements compararable à une symphonie classique. Le film joue au contraire une partition beaucoup plus baroque ; le clapotis d’essence caverneux d’un fond de réservoir, le pincement aigu d’un étrier de disque de frein ou le soupir d’un démarreur électrique à l’agonie inventent des notes insoupçonnées. "Panne d’1 sens", réussit le tour de force de transformer votre moto en instrument à voyager... dans l’univers des sons.
Moto Magazine : "Panne d’1 sens" sonne comme un hymne au beau. C’est ce qui vous motivait ?
Daniel Ghaye : Pour la réalisation des films d’entreprises, je dois toujours suivre des directives. Là, je me suis octroyé le luxe de faire quelque chose pour rien, juste pour partager du plaisir.
Moto Magazine : Vous transposez la réalité pour en montrer un aspect plus poétique : les disques de frein évoquent un vieux 33 tours, la chaîne chante le rythme du boggie sur le rail...
Daniel Ghaye : Je me sens proche d’émissions TV comme "Strip Tease". Dépasser la réalité, la transcender, n’en montrer qu’une facette pour accéder à quelque chose de beau. Le public motard est parfois un peu "brut de fonderie". J’ai mis de la poésie où peu de gens en voient.
Routes solidaires, documentaire de Pierre VILA (Durée 11’)
Jamais l’idée de solidarité, pourtant un des credos majeurs du monde motard, n’avait été mieux illustrée que par ce reportage sur l’engagement de l’association Handicap Motards Solidarité. Ici, pas d’images choc ou racoleuses en mal d’audiance, mais une caméra qui filme à "hauteur d’homme". Une caméra qui donne à voir et à penser. Marc, hémiplégique, est parvenu à acquérir la maîtrise de sa machine solo et à obtenir son permis grâce à sa volonté mais également au soutien et à la formation dispensés par H.M.S. Non sans mal, car le principal handicap pour ces motards n’est pas technique (le déplacement des commandes permet de pallier les incapacités) mais administratif : examen médical, dossier de dérogation auprès de la préfecture, agrément du ministère… une épreuve autrement plus délicate à négocier que celle du "plateau". Mais c’est -pour l’instant- à ce prix que les motards handicapés peuvent partager avec les "valides" les sorties, balades et autres activités des MC. Une mixité, que H.M.S. aimerait voir s’étendre jusqu’au domaine de la compétition, car, comme le souligne un membre de H.M.S. : "Dans le monde de la moto il n’y a pas de différence".
Moto Magazine : Pourquoi avoir décidé de parler de l’association Handicap Motards Solidarité ?
Pierre Vila : Fan de moto et professionnel du cinéma, le rapprochement était évident. Quant au sujet, j’ai voulu parler d’une association formidable au service des autres et lui offrir des retombées médiatiques à l’égard du grand public et de l’administration souvent mal informée.
Moto Magazine : Vous attachez beaucoup d’importance à la psychologie...
Pierre Vila : La moto n’est qu’un objet, un vecteur. Ce qui important, ce sont les gens qui sont derrière. L’intérêt, c’est le bonhomme, et la possibilité de faire passer un message. J’ai voulu aider les gens qui aident les autres.